Au nom des femmes… Marguerite

Aujourd’hui, c’est la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes. Depuis plus d’un siècle, la journée du 8 mars est dédiée aux revendications féministes.

En 2018, bien des progrès ont été accomplis. Mais la route est encore longue.

En 2018, les femmes continuent de se battre avec autant d’énergie que leurs aînées. Les enjeux actuels, tels que la fin des violences physiques et verbales à leur égard ou l’égalité salariale, reflètent les parts sombres de notre société.

Si toutes ne sont pas d’actives féministes, toutes les femmes, dans leur parcours de vie, reflètent la condition féminine de leur époque.

Aujourd’hui, le blog met à l’honneur une femme prénommée Marguerite. Inconnue et humble, Marguerite a vécu le destin de millions de femmes.  Comme beaucoup, son existence a laissé trop peu de traces : quelques mentions dans les registres d’état-civil et les listes nominatives de recensement, une précieuse photographie, quelques souvenirs d’enfance évoqués par l’une de ses arrières petites-filles. Partons sur ses traces…

 

L’enfance d’une petite paysanne

 

Marguerite voit le jour en 1840 à Rebeuville, minuscule village vosgien. Ses parents, Hilaire et Catherine, sont de petits paysans comme la France en compte tant au XIXème siècle. Ils vivent chichement dans leur ferme composée de deux ou trois vaches, de poules et lapins. Ils possèdent sans doute un petit lopin de terre pour faire pousser quelques céréales qui apporte la farine nécessaire au pain de la famille.

Avant la naissance de Marguerite, Catherine a perdu deux enfants en bas âge. Marguerite grandit, entourée de ses trois jeunes frères. Elle fréquente l’école communale où elle apprend à lire et à compter. Elle y reçoit aussi un enseignement moral et religieux et quelques notions de calcul. Mais cet enseignement officiel a ses limites : à la maison et dans la rue, on se parle en patois.

En dehors du temps scolaire, la petite fille ne chôme pas. Comme tous les enfants de son âge, elle aide activement ses parents. Garder les vaches aux prés, s’occuper de la basse-cour, des tâches ménagères, de la cuisine, ramasser le bois font partie de ses tâches quotidiennes. Et cela se renforce encore lorsque son père disparaît prématurément alors qu’elle n’a que treize ans. En tant qu’aînée, elle doit désormais seconder sa mère qui prend la tête de la famille. Ces drames familiaux sont chose courante à cette époque. Les femmes, dont les droits civiques sont encore très limités, prennent le relais des hommes avec courage et force.

Marguerite a vécu toute sa vie dans le petit village de Rebeuville.

 

Marguerite, jeune fille des années 1850

 

La Seconde République laisse la place au Second Empire dirigé par Napoléon III. L’horizon de Marguerite reste circonscrit aux quelques rues de Rebeuville peuplées d’étroites fermes lorraines. Sur les chemins qui sillonnent les près, elle se rend parfois à Neufchâteau, sous-préfecture des Vosges et petite ville commerçante qui s’étend à trois kilomètres là. À Neufchâteau, il y a les marchés et les clients de la ville à qui elle vend des œufs ou des lapins.

À quoi ressemble Marguerite ? Grande et robuste, elle répond aux canons esthétiques en vigueur dans les campagnes de cette époque. Sa tenue quotidienne est constituée d’une camisole, ou chemise, de couleur claire rentrée dans une longue jupe sombre, tandis que ses pieds sont chaussés de lourds sabots de bois. Un bonnet couvre ses cheveux, car il est impensable de se montrer à l’extérieur « en cheveux ».

Elle fréquente les filles et les garçons de son village bien sûr, mais également ceux des villages voisins, Certilleux, Villars… Elle finit par jeter son dévolu sur un garçon de Rebeuville, Joseph. Cultivateur lui aussi, il est de sept ans son aîné. Marguerite symbolise l’endogamie si forte qui marque la société française. Ils se marient en janvier 1864. Pourquoi janvier ? Parce que c’est le mois creux dans le calendrier agricole. Cela laisse le temps aux familles des mariés de préparer le mariage. Celui-ci se traduit par le passage devant le maire, la cérémonie religieuse dans la petite église du village. Puis arrive le banquet qui réunit familles et voisins autour d’un repas composé des produits de la ferme (lapins, poules, pommes de terre, légumes, tarte aux fruits). Marguerite est resplendissante pour l’occasion. Elle a revêtue sa plus jolie robe, tandis que Joseph a troqué sa blouse quotidienne contre une chemise et une redingote.

 

Une femme et une mère active

 

Comme leurs parents avant eux, Marguerite et Joseph pratiquent la polyculture. Un peu d’élevage, un peu de culture et un peu de vigne car à cette époque les Rebeuvillois produisent encore leur propre piquette. L’objectif du couple est de subvenir aux besoins primaires de la famille : se nourrir et avoir un toit.

Entre 1866 et 1881, Marguerite met au monde cinq enfants, trois garçons et deux filles. La médecine a fait de nombreux progrès en cette deuxième moitié du XIXème siècle entraînant le fort recul de la mortalité infantile. Marguerite n’aura la douleur de perdre qu’un seul enfant, Alexandre Achille qui meurt à l’âge de dix-neuf ans au domicile de ses parents.

La fin du XIXème siècle est une époque faste pour le village qui voit l’arrivée de nombreux ouvriers et de leurs familles à l’occasion de la construction de la voie ferrée qui va relier Neufchâteau à Vittel. Une deuxième école est même ouverte. C’est la modernité qui fait irruption à Rebeuville. Désormais, il sera plus aisé de se déplacer vers les grandes localités régionales comme Epinal ou Nancy.

 

Auprès de Mémère Marguerite

Marguerite sur le pas de sa porte.

À 60 ans, Marguerite perd son époux. Elle vit alors avec ses deux plus jeunes enfants, Justin et Claire, encore célibataires. Justin est cordonnier au village, tandis que Claire travaille aux côtés de sa mère.

Avec l’entrée dans le nouveau siècle, Marguerite est désormais une femme âgée. Mais elle est de constitution robuste. Elle continue de vivre à Rebeuville auprès de ses enfants. Tous sont désormais installés en ménage. Les petits-enfants sont là également. La vieille dame ne peut plus travailler et la retraite n’existe pas. Elle vit alors de ses économies et du soutien de ses enfants qui pourvoient à ses maigres besoins quotidiens.

Elle voit se dérouler le terrible conflit de la Première Guerre mondiale. Ses deux fils sont trop âgés pour être soldats et ses petits-fils trop jeunes. Épargnée par les deuils directs, elle pleure cependant les trop nombreux jeunes hommes morts, dans ce petit village où tout le monde est un peu parent.

Dans l’Entre-deux-guerres, Marguerite est une très vieille femme qui ne peut plus vivre seule. Chaque mois, elle part vivre chez l’un de ses enfants, à tour de rôle. Lydie, Jules et Justin vivent aussi à Rebeuville, tandis que la petite dernière Claire a suivi son mari à Landaville, à 5 km. Dans ses différents domiciles, Marguerite rencontre la nouvelle génération, celle de ses arrière-petits-enfants. Les jeunes enfants la font sourire mais elle a du mal à communiquer avec eux car ils ne comprennent pas son patois et elle n’a plus envie de s’embêter avec le français.

En 1935, à l’âge de 95 ans, Marguerite s’éteint doucement chez Claire, à Landaville. Mais elle retrouve son cher Rebeuville qui l’accueille dans sa dernière demeure.

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