1914 : Paul entre dans la guerre

On a quitté Paul qui menait sa vie de jeune appelé, retrouvons-le dans des conditions plus sombres. En effet, l’année 1914 est tristement célèbre car elle marque l’entrée dans un conflit spectaculairement meurtrier.
Paul est immédiatement plongé dans la Guerre 14-18 comme on va le voir mais surtout, il n’en reviendra pas… comme des millions d’autres jeunes hommes.

Un jeune conscrit

En juillet 1914, Paul a furieusement mal aux dents. Sans doute les courants d’air qui balaient de façon incessante le camp militaire de Mailly. En portant sa main contre sa joue enflammée, le jeune homme songe qu’il va devoir retourner chez le dentiste. Déjà que ce n’est pas une partie de plaisir, voilà qui va en plus lui coûter cher. C’est quand même malheureux d’avoir les dents fichues à 23 ans. Heureusement, elles ne sont pas suffisamment abîmées pour lui gâcher le sourire. Il ne manquerait plus les demoiselles le regardent avec une mine dégoûtée lorsqu’il terminera son service militaire à l’automne prochain.
Paul décide d’en informer ses parents par courrier afin qu’ils lui envoient un mandat à Nancy. Le 26e régiment doit achever son entraînement dans les prochains jours. Paul espère ainsi soigner ses dents avant la fin du mois de juillet dans la capitale des anciens ducs de Lorraine. Enfin si la guerre avec l’Allemagne n’est pas déclarée entre-temps.

En ce début d’été 1914, l’effervescence règne au sein du régiment. Les rumeurs se multiplient tandis que les exercices s’enchaînent à grande cadence. Tout le monde parle de l’imminence d’un conflit avec l’Allemagne.
Il faut dire que la revanche contre le voisin de l’est est ardemment désirée des Français depuis la perte de l’Alsace-Lorraine en 1870. L’école républicaine a eu le temps de développer dans les esprits un patriotisme exacerbé. Mais depuis quelques temps, la machine s’emballe. En 1913, le gouvernement a prolongé le service militaire d’une année afin de mieux préparer les futurs soldats de la patrie.
Et depuis l’assassinat de l’archiduc autrichien à Sarajevo en juin, la tension internationale est à son comble à mesure que les alliances militaires s’activent.

L’entrée en guerre

Il n’y aura pas de dentiste pour Paul car les événements se précipitent. Le 26 juillet, l’armée est mobilisée. Sitôt rentrée à Nancy, la compagnie de Paul est envoyée à la surveillance de la frontière – cette frontière instaurée par les Allemands après l’annexion de l’Alsace-Moselle en 1871 et qui passe à 15 km de Nancy. Sur le plateau de la Rochette, Paul et ses camarades surveillent de loin ceux qui ne sont pas encore officiellement des ennemis. Le 1er août, l’ordre de mobilisation générale est promulgué. Si Paul se trouve déjà en poste, son frère aîné Georges est appelé à son tour sous le drapeau. Celui-ci, âgé de 25 ans, est considéré comme l’intellectuel de la famille puisqu’il travaille comme employé à la sous-préfecture de Neufchâteau, tandis que Paul, avant de partir au service, aidait son père comme aide de culture. Le jeune homme connaît donc bien ce dernier, Jules, 54 ans, cultivateur un peu bougon et particulièrement patriote. A tel point que son fils écrit : « j’espère que le paternel est raisonnable et qu’il restera à son boulot. Nous sommes assez ici. »

Le 1er août, Paul raconte à sa famille : « Nous sommes en ce moment sur les bords de la frontière. […] Nous sommes en 1ère ligne, on s’attend à tout. Nous avons à peine dormi depuis que nous sommes partis ».

Deux jours plus tard, il écrit: « La situation ne s’arrange pas vite mais je crois que cela changera. Les français font sauter les ponts sur la frontière […]. Vivement que l’on en finisse, on s’énerve. Il faut en finir. Enfin on a bon espoir et l’on est surtout plein d’entrain. On ne s’en fait pas un poil et je vous recommande de faire de même ».
Paul a-t-il écrit cela pour rassurer ses proches ? Sans doute, d’autant que l’armée n’hésite pas à censurer les propos trop alarmistes des soldats. Il écrit d’ailleurs, le 9 août: «Je vous raconterais bien autre chose mais nous ne devons rien écrire de ce qui concerne la guerre ». L’optimisme de Paul mêlé de nervosité reflète à son niveau l’état d’esprit général qui règne alors en France.

Courrier de Paul à sa famille, 3 août 1914 @Famille Etienne

 

L’Historique du 26e régiment d’infanterie dévoile le déroulement de ces journées pleines d’attente pour Paul et ses camarades : «Pendant la nuit du 3 au 4, un coup de téléphone du C.A. prévient que, d’après des renseignements dignes de foi, les Allemands attaqueraient sur toute la ligne le 4 août à 2 heures du matin. Les troupes sont alertées, les tranchées garnies, mais rien… qu’une pluie diluvienne. Les escarmouches de cavalerie se poursuivent dans la journée […]. »

C’est aussi au cours de cette journée du 4 août que la France déclare officiellement la guerre à l’Allemagne.

Le prochain article vous fera découvrir la guerre éclair de Paul.

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